Vendredi 2 décembre, Pierre Moscovici a répondu aux questions de Nicolas Leron, Aziz Ridouan et Pierre Testard. Directeur de camagne de François Hollande, il est revenu sur sa victoire aux primaires et sur l’organisation de l’équipe de campagne.
Nonfiction.fr- Pierre Moscovici, commençons par évoquer un instant la primaire, ce moment politique particulier. Selon vous, est-ce que la victoire de François Hollande et la défaite de Martine Aubry résultent d’une bonne campagne du premier, qui a su faire preuve de charisme, ou est-ce que cela relève de structures sociologiques plus profondes, qui disent quelque chose sur la base électorale de la gauche ?
Pierre Moscovici- Sans doute les deux. Je pense que François Hollande a emporté la primaire parce qu’il a su gagner sa liberté et poser un certain nombre d’actes sur ses priorités, qui n’ont pas varié. Très tôt, il s’est emparé du thème de la jeunesse, très tôt, il s’est emparé du thème de l’éducation et de la cause de la jeunesse, très tôt, il a mis en avant la réforme fiscale, très tôt, il a expliqué que les temps étaient difficiles et qu’il faudrait faire des efforts. Pas juste des efforts mais des efforts justes. Je crois en effet que c’est cette liberté- qui n’est pas une distance, puisqu’il a été premier secrétaire du PS pendant onze ans- par rapport aux jeux et enjeux d’appareil qui lui a donné cette force et lui a permis de nouer un lien direct avec les Français. Quand Dominique Strauss-Kahn est sorti du jeu, François Hollande, qui avait su se poser en outsider et avait affirmé sa détermination à être candidat quoi qu’il arrive, est devenu le favori. Il a su rassembler autour de lui, c’est ainsi que des gens comme moi l’ont rejoint. Il a su ouvrir sincèrement ses équipes à ceux qui l’ont choisi alors et ne l’avaient pas soutenu initialement, puisque je suis aujourd’hui son directeur de campagne sans avoir été un de ses partisans de la première heure. Ensuite, il a évidemment tenu le choc. Il a nettement gagné cette primaire parce qu’il a montré qu’il avait l’esprit délié, la “présidentialité” la plus forte, et parce qu’il était davantage préparé que d’autres, alors que la première secrétaire, Martine Aubry, est partie plus tard, même si elle n’a pas fait une mauvaise campagne. Maintenant, il est le leader.
Deuxièmement, François Hollande a tenu un langage à la fois de vérité et de gauche. Il n’a pas caché aux Français la difficulté de la situation, il n’a pas cherché à les séduire par je ne sais quelle promesse. Il a tout de suite dit : “Si nous l’emportons, nous réduirons les déficits publics dans ce pays. La dette est l’ennemie de la gauche. Se désendetter, c’est un enjeu de souveraineté. Il faut retrouver des marges de manœuvre pour agir, financer les services publics etc”. C’est donc la première fois qu’un discours mendésiste, un discours de vérité, l’emporte dans une compétition interne au PS, où les confrontations sont d’habitude propices à la surenchère. Cela dit effectivement beaucoup sur l’électorat de la gauche, sur sa lucidité et sa disponibilité pour affronter une période difficile. De la même façon, le débat sur le nucléaire a été structurant dans la primaire, comme il l’est dans la présidentielle. Martine Aubry avait proposé la sortie du nucléaire, François Hollande a revendiqué la fin du tout-nucléaire, ce qui est différent, mais aussi l’attachement à la pérennité de cette énergie. Je crois en effet que c’est un choix très identitaire, la sociologie du vote l’est aussi. J’observe d’ailleurs de manière paradoxale qu’on disait Martine Aubry “plus à gauche” et qu’elle a réalisé ses meilleurs scores dans les centres-villes. François Hollande était plus fort sans doute dans la ruralité et la “France profonde”, comme on dit, mais aussi dans les quartiers populaires et ouvriers.
“L’électorat de gauche ne se trompera pas. Entre Sarkozy et Hollande, il ne manquera pas une voix, que ce soit celles de Mélenchon, Joly ou les autres.”
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