fév 02
UN CONSEIL MUNICIPAL SURREALISTE
Vendredi 29 janvier, le conseil municipal de Toulon, a adopté le programme local de l’habitat (PLH) qui constitue l’outil de programmation et de mise en œuvre de la politique du logement sur le territoire de l’agglomération Toulon-Provence-Méditer-ranée (TPM).
Notre camarade Robert Alfonsi, chef de file de l’opposition de gauche, a justifié l’abstention de son groupe en déclarant que si le PLH 2010-2015 posait « un bon diagnostic » et « des objectifs louables », il fallait néanmoins que son taux de réalisation « soit plus important que le précédent ».
Au cours du conseil communautaire de TPM du 19 décembre dernier, alors que Jean-Louis Masson, maire UMP de La Garde, esquissant le bilan du premier PLH de la période 2004-2009, affirmait qu’il avait été réalisé à 75%, notre camarade Marc Vuillemot, maire PS de La Seyne, émettait lui aussi des réserves sur ce taux, en déclarant qu’il était plutôt de l’ordre de 50 à 70%.
Robert Alfonsi s’est appuyé sur des chiffres incontestables de l’INSEE (64% des habitants de TPM sont locataires et 51% non-imposables, 19% des toulonnais vivent en dessous du seuil de pauvreté…) pour démontrer que Toulon n’a pas les mêmes ratios qu’une ville riche ce qui explique l’importante demande en logement social qui y prévaut.
Mal lui en a pris. Hubert Falco, est (une fois encore) sorti de ses gonds. Coupant la parole à diverses reprises aux élus de sa propre majorité, il a lancé à Robert Alfonsi : « A vous écouter, c’est catastrophique, c’est la misère ! (…) Toulon, c’est Germinal ! ».
Enoncer des réalités indéniables, est-ce faire de la sinistrose ? Avoir une bonne perception des problèmes de nos concitoyens pour s’attacher à les résoudre et tenir compte de leurs demandes sociales pour s’efforcer de les satisfaire, n’est-ce pas tout simplement faire de la politique ?
Notre camarade Robert aurait pu souligner que les chiffres de l’INSEE communiqués avaient été relevés avant même que la situation sociale et économique ne se dégrade plus encore, du fait de la crise.
Il aurait pu pointer que la précarité se concentre spatialement dans le cœur de l’agglomération (Toulon et La Seyne). Que les revenus issus des retraites et des pensions sont surreprésentés dans le centre-ville de Toulon et que les bas salaires le sont dans le centre ancien. Que la précarité est particulièrement marquée dans notre ville, sur 4 secteurs :
1 – entre le Pont du Las et La Rode
2 – du sud de la Beaucaire jusqu’à l’Escaillon,
3 – dans la ZUS Le Jonquet
4 – dans le quartier de Saint Jean du Var
Il aurait pu ajouter que le CCAS a attribué près de 30% d’aides supplémentaires en 2009. Qu’il y a à Toulon, comme dans d’autres villes, une accélération de la paupérisation des femmes et des jeunes isolés. Mais cela aurait sans aucun doute rendu l’atmosphère du conseil municipal encore plus électrique…
Si le rapport 2010 sur l’état du mal-logement en France de la Fondation Abbé Pierre qui vient de sortir précise : « Alors que la crise économique accentue la précarité et limite la progression des revenus, le déficit d’offre de logements accessibles s’est encore accentué dans la période récente et il rend de plus en plus difficile l’accès au logement, non seulement des populations les plus modestes, mais aussi des ménages appartenant aux catégories intermédiaires et aux couches moyennes. » Hubert Falco, pour lutter localement contre la contraction de l’offre immobilière, a suggéré une nouvelle fois au cours de ce conseil municipal du 29 janvier que… soient intégrés au quota toulonnais de 20% de logement social exigé par la loi SRU, les logements militaires de la Société Nationale Immobilière (SNI) !
Nous ne sommes décidemment pas sur la même longueur d’onde !
Rendre visible ce que d’autres s’efforcent de maintenir invisible, faire en sorte que les inégalités ne deviennent pas structurantes de notre société, de notre région, de notre agglomération, de notre ville, voilà ce dont les élus socialistes s’honorent.
H.D






